"Je suis allé voir Yasser Arafat avec la bénédiction de Golda Meir"

Marek Halter, vocation émissaire au Proche-Orient.

La Lettre des Témoins
5 min ⋅ 12/12/2023

Nasser, Sadate, Arafat, Golda Meir, Shimon Peres, Yitzhak Rabin… Marek Halter les a tous rencontrés dès les années 50 « parce qu’ils étaient sensibles à -son- histoire », une histoire résolument hors normes.

Né à Varsovie avant-guerre, « un monde disparu pour toujours », d’un père imprimeur et d’une mère poétesse yiddish, le jeune garçon juif polonais fuit avec ses parents l’invasion nazie vers les républiques soviétique d’Asie centrale, peuplées à majorité de musulmans. Sa petite soeur meurt de faim, ses parents sont malades, et le jeune Marek doit voler pour s’en sortir – avant d’être choisi pour remettre des fleurs à Staline « plus petit que sur le tableau, pas très beau, avec des petits trous dans la tête » pour fêter la victoire contre les nazis sur la Place rouge. 

Mythe ou réalité ? Marek Halter est un conteur « doué pour raconter des histoires, pour les enrichir, les prolonger, et en inventer d’autres ». 

Le peintre parisien devenu écrivain a incontestablement oeuvré au Proche-Orient, persuadé que le dialogue est la seule solution entre ennemis. Après la guerre des Six-Jours, Golda Meir lui défend de serrer la main « pleine de sang juif » de Yasser Arafat. Il ne réussit pas non plus à la convaincre de redonner à l’Egypte le Sinaï occupé depuis 1967 en échange d’une reconnaissance de l’état hébreu. Il vit la guerre du Kippour comme un échec personnel, mais sait qu’Anouar el-Sadate, qui « a montré qu'il pouvait affronter Israël », pourra désormais suivre le conseil murmuré quelques années plus tôt et devenir le premier dirigeant arabe à prononcer un discours à la Knesset et à reconnaitre l’état d’Israël. 

Marek Halter jouera aussi son rôle dans les accords d’Oslo ; il organise une rencontre chez lui à Paris entre Yasser Arafat et Shimon Peres, puis persuade Yitzhak Rabin « qu'Arafat était l'homme avec qui on pouvait aboutir à un accord ». 

30 ans se sont passés depuis les accords d’Oslo, « un monde sans prophètes » que Marek Halter déplore. Il prévient que la vengeance est un cycle sans fin, et qu’il « faut à un moment dire stop ».

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La Lettre des Témoins

Par Les Temps Qui Courent

Celui qui écoute un témoin le devient à son tour.

— ÉLIE WIESEL

Nous lançons un appel à tous ceux qui pensent que les dérives communautaires de notre Temps ne font que renforcer nos divisions, à tous ceux qui croient encore en un idéal universel. Nous sommes persuadés que l’ignorance est la source de nos conflits, et qu’il faut absolument la combattre. Et nous croyons au savoir par le témoignage. Car la parole des témoins est un puissant vecteur de transmission et nous permet de nous ouvrir à l’Autre, et ainsi créer un espace de dialogue. 

Ici pas de commentateurs, de spécialistes, ni d’éditorialistes en tout genre, mais la parole véridique des témoins de l’histoire contemporaine. Intime, humaniste, le témoignage suscite l’émotion de celui qui l’écoute, qui devient à son tour un passeur de mémoire. Ce dialogue est une forme de thérapie collective, qui forge notre vivre-ensemble.

Je suis souvent affligée par les injonctions d’un monde manichéen où il y a les bons et les mauvais, un monde où l’on cloue au pilori, un monde qui me met parfois mal à l’aise. Il faudrait absolument choisir un camp, sans savoir, sans contexte. Je m’insurge contre cette idée, et je crois que je suis loin d’être la seule, que la majorité est restée silencieuse, craignant les coups de gueule de ceux qui ne savent que gueuler. 

J’ai fondé Les Temps Qui Courent, pour redonner la parole aux témoins de notre temps et pour que chacun d’entre nous puisse se forger son opinion avec son libre-arbitre et développer son esprit-critique.

LTQC est l'outil révolutionnaire de transmission du savoir et de la mémoire pour toucher la jeunesse. Rejoignez la course de l'Histoire sur Les Temps Qui Courent.

Margaux Chouraqui.

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