À 8 ans, Jean-Félix Vallat assiste sous ses yeux à l’assassinat de ses parents par un commando du FLN. Caché avec ses frères entre les sièges de la voiture, son père « égorgé » et sa mère « tuée à bout portant », l’enfant réchappe de justesse à l’attentat.
L’aventure des Vallat en Algérie est celui du rêve brisé d’une cohabitation fraternelle. Celui de son père, résistant engagé dans la RAF pendant la Seconde Guerre mondiale, et maire de la commune de Thierville qui voulait faire de l’Algérie la Californie d’Europe. Et de sa mère, institutrice dévouée qui se battait « pour que les petites filles arabes viennent à l’école » plutôt que de « garder les chèvres et les moutons ».
Jusqu’à l’escalade et la multiplication des assassinats d’ agriculteurs. Il y a eu d’abord son grand oncle trahi par ses ouvriers ; puis l’assassinat du meilleur ami de son père, Ali Chekhal, vice président de l’assemblée algérienne, jusqu’au double meurtres de ses parents.
Lorsque le général De Gaulle prononce son discours sur l’autodétermination, les Vallat savent qu’ils sont « foutus ». Puis ce fut l’errance des trois frères alors recueillis par leurs grands parents maternels, « laissés en liberté », qui « fabriquaient des bombes » pour « faire la guerre ». Jean-Félix Vallat raconte les souvenirs embrumés de cette époque folle rythmée par « les plastiques de l’OAS, les concerts de casseroles Algérie française, les assassinats dans la rue ».
Jean-Félix réchappe même à une explosion de l’OAS qui s’était trompée de cible en plastiquant l’appartement de sa tante. Là encore, il voit la mort de près, « éparpillé façon puzzle ». Peu importe, pour les français d’Algérie, « l’ OAS est le sauveur ». La fusillade de la rue d’Isly sonne le point de non retour : « Et là notre grand père nous dit quand l’armée française tire sur les français on ne va pas pouvoir rester ». Le départ s’impose.
1830 - 1962 : 132 ans de colonisation de la France en Algérie
C'était notre pays. On était là depuis 1870 ou trois générations qui ont travaillé, qui ont sué pour, pour bâtir tout ce qu'ils ont bâti pour, pour cette réussite quand même assez, assez extraordinaire.
Jean-Félix Vallat, rapatrié d’Algérie.
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