"Le FLN a utilisé le terrorisme pour bâtir des murs de sang"

À 8 ans, Jean-Félix Vallat assiste sous ses yeux à l’assassinat de ses parents par un commando du FLN. Caché avec ses frères entre les sièges de la voiture, son père « égorgé » et sa mère « tuée à bout portant », l’enfant réchappe de justesse à l’attentat.

La Lettre des Témoins
3 min ⋅ 05/09/2023

L’aventure des Vallat en Algérie est celui du rêve brisé d’une cohabitation fraternelle. Celui de son père, résistant engagé dans la RAF pendant la Seconde Guerre mondiale, et maire de la commune de Thierville qui voulait faire de l’Algérie la Californie d’Europe. Et de sa mère, institutrice dévouée qui se battait « pour que les petites filles arabes viennent à l’école » plutôt que de « garder les chèvres et les moutons ».

Jusqu’à l’escalade et la multiplication des assassinats d’ agriculteurs. Il y a eu d’abord son grand oncle trahi par ses ouvriers ; puis l’assassinat du meilleur ami de son père, Ali Chekhal, vice président de l’assemblée algérienne, jusqu’au double meurtres de ses parents.

Lorsque le général De Gaulle prononce son discours sur l’autodétermination, les Vallat savent qu’ils sont « foutus ». Puis ce fut l’errance des trois frères alors recueillis par leurs grands parents maternels, « laissés en liberté », qui « fabriquaient des bombes » pour « faire la guerre ». Jean-Félix Vallat raconte les souvenirs embrumés de cette époque folle rythmée par « les plastiques de l’OAS, les concerts de casseroles Algérie française, les assassinats dans la rue ».

Jean-Félix réchappe même à une explosion de l’OAS qui s’était trompée de cible en plastiquant l’appartement de sa tante. Là encore, il voit la mort de près, « éparpillé façon puzzle ». Peu importe, pour les français d’Algérie, « l’ OAS est le sauveur ». La fusillade de la rue d’Isly sonne le point de non retour : « Et là notre grand père nous dit quand l’armée française tire sur les français on ne va pas pouvoir rester  ». Le départ s’impose.

1830 - 1962 : 132 ans  de colonisation de la France en Algérie

C'était notre pays. On était là depuis 1870 ou trois générations qui ont travaillé, qui ont sué pour, pour bâtir tout ce qu'ils ont bâti pour, pour cette réussite quand même assez, assez extraordinaire. 

Jean-Félix Vallat, rapatrié d’Algérie.

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La Lettre des Témoins

Par Les Temps Qui Courent

Celui qui écoute un témoin le devient à son tour.

— ÉLIE WIESEL

Nous lançons un appel à tous ceux qui pensent que les dérives communautaires de notre Temps ne font que renforcer nos divisions, à tous ceux qui croient encore en un idéal universel. Nous sommes persuadés que l’ignorance est la source de nos conflits, et qu’il faut absolument la combattre. Et nous croyons au savoir par le témoignage. Car la parole des témoins est un puissant vecteur de transmission et nous permet de nous ouvrir à l’Autre, et ainsi créer un espace de dialogue. 

Ici pas de commentateurs, de spécialistes, ni d’éditorialistes en tout genre, mais la parole véridique des témoins de l’histoire contemporaine. Intime, humaniste, le témoignage suscite l’émotion de celui qui l’écoute, qui devient à son tour un passeur de mémoire. Ce dialogue est une forme de thérapie collective, qui forge notre vivre-ensemble.

Je suis souvent affligée par les injonctions d’un monde manichéen où il y a les bons et les mauvais, un monde où l’on cloue au pilori, un monde qui me met parfois mal à l’aise. Il faudrait absolument choisir un camp, sans savoir, sans contexte. Je m’insurge contre cette idée, et je crois que je suis loin d’être la seule, que la majorité est restée silencieuse, craignant les coups de gueule de ceux qui ne savent que gueuler. 

J’ai fondé Les Temps Qui Courent, pour redonner la parole aux témoins de notre temps et pour que chacun d’entre nous puisse se forger son opinion avec son libre-arbitre et développer son esprit-critique.

LTQC est l'outil révolutionnaire de transmission du savoir et de la mémoire pour toucher la jeunesse. Rejoignez la course de l'Histoire sur Les Temps Qui Courent.

Margaux Chouraqui.

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