"On ne m'impose pas une défense"

MARIE DOSÉ, vocation pénaliste

La Lettre des Témoins
3 min ⋅ 16/05/2023

Libre, Marie Dosé conçoit la défense comme un contre-pouvoir. Affaire Tarnac, Karachi, défense de Julien Bayou, et des familles jihadistes, Marie Dosé aime les cas désespérés car les « innocents sont ceux qui se défendent le plus mal » (01:02). Adolescente virtuose, Marie Dosé a déjà « besoin de s’abrutir » dans le travail (02:59), et intègre le conservatoire de Nancy car « Beethoven, vous vous fait beaucoup plus de bien qu'une colère ou qu'une crise de larmes » (02:24). À 18 ans, une maladie des mains l’empêche pourtant de poursuivre sa vocation : drôle d’ aubaine pour celle qui ne « s’autorisait pas à rêver la vie qu’ - elle a - aujourd’hui : Paris, avocat, la cour d’assises ». Puis tout s’enchaine, Marie Dosé rentre en stage chez Henri Leclerc et « regarde, regarde » celui qui avait un « sens de l’audience impressionnant » (04:11) ; prête serment à 21 ans ; se mobilise contre Sarkozy « qui transforme la justice en outil de communication politique » (04:45); et fait ses armes auprès de François Cotta, « combattante qui n’avait peur de rien ni de personne » (05:14). Elle ouvre son cabinet en 2005 après deux ans d’exercice: «  j'avais besoin d'être seule face à mon serment, seule face à mes clients en détention et de créer mon propre rapport à la profession »(06:37). Marie Dosé conçoit « le parloir comme la base du travail d'un pénaliste », refuse qu’on lui impose une défense car son « rôle n'est pas de conforter quelqu'un dans une idéologie qui l'a conduit à commettre le pire » (07:31). Elle s’insurge contre les magistrats qui en matière terroriste ne savent que « cogner, cogner, cogner » et prend la défense des femmes et enfants de jihadistes que l’Elysée a longtemps refusé de rapatrier. Elle avoue avoir peur car « Daesh nous remercie de rester cramponnés à nos peurs et de ne pas résister au terrorisme avec l'Etat de droit et avec l’humanité » (12:13). Libre, et à contre-courant, Marie Dosé milite pour le droit à l’oubli, à la défense, seuls gages d’une société démocratique, et c’est pour ça qu’elle « n’acceptera jamais de se taire ». (16:42).

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La Lettre des Témoins

Par Les Temps Qui Courent

Celui qui écoute un témoin le devient à son tour.

— ÉLIE WIESEL

Nous lançons un appel à tous ceux qui pensent que les dérives communautaires de notre Temps ne font que renforcer nos divisions, à tous ceux qui croient encore en un idéal universel. Nous sommes persuadés que l’ignorance est la source de nos conflits, et qu’il faut absolument la combattre. Et nous croyons au savoir par le témoignage. Car la parole des témoins est un puissant vecteur de transmission et nous permet de nous ouvrir à l’Autre, et ainsi créer un espace de dialogue. 

Ici pas de commentateurs, de spécialistes, ni d’éditorialistes en tout genre, mais la parole véridique des témoins de l’histoire contemporaine. Intime, humaniste, le témoignage suscite l’émotion de celui qui l’écoute, qui devient à son tour un passeur de mémoire. Ce dialogue est une forme de thérapie collective, qui forge notre vivre-ensemble.

Je suis souvent affligée par les injonctions d’un monde manichéen où il y a les bons et les mauvais, un monde où l’on cloue au pilori, un monde qui me met parfois mal à l’aise. Il faudrait absolument choisir un camp, sans savoir, sans contexte. Je m’insurge contre cette idée, et je crois que je suis loin d’être la seule, que la majorité est restée silencieuse, craignant les coups de gueule de ceux qui ne savent que gueuler. 

J’ai fondé Les Temps Qui Courent, pour redonner la parole aux témoins de notre temps et pour que chacun d’entre nous puisse se forger son opinion avec son libre-arbitre et développer son esprit-critique.

LTQC est l'outil révolutionnaire de transmission du savoir et de la mémoire pour toucher la jeunesse. Rejoignez la course de l'Histoire sur Les Temps Qui Courent.

Margaux Chouraqui.

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